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Qu’est ce que le changement ?

Kevin Chassangre
Par Kevin Chassangre (Psychologue – psychothérapeute – Docteur en psychopathologies)
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Résumé
Découvrez le premier épisode de notre série d’articles consacrée au changement. (Episode 1 sur 6)
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Le changement
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Épisode 1 : Qu’est-ce que le changement ?

Objectifs :

– Définir le changement

– Comprendre le changement

– Identifier son stade de changement

 

Le changement, c’est quoi exactement ?

Par quelle jambe commencez-vous à mettre votre pantalon le matin lorsque vous vous habillez ? La droite ? La gauche ? Aucune idée ? Vous avez néanmoins décidé de changer votre habitude vestimentaire en commençant par la jambe opposée. Comment ce processus va-t-il se dérouler ?

D’abord, il est nécessaire de percevoir l’intérêt de ce changement (après tout, changer de jambe peut paraître assez basique).

Ensuite, il sera nécessaire d’observer vos habitudes initiales (surtout si vous ne savez pas par quelle jambe vous commencez naturellement).

Puis, la nouvelle habitude impliquera de PENSER (à changer de jambe) avant d’AGIR (automatiquement). Il arrivera certainement des jours où vous réaliserez l’exercice sans difficulté et d’autres où vous oublierez et où l’ancienne habitude reviendra. Avec le temps, cependant, votre nouvelle habitude sera de plus en plus ancrée. Si bien qu’à la longue, c’est finalement par cette nouvelle jambe que vous vous habillerez le matin.

Le changement, c’est exactement ça.

Pourquoi changer ?

Nous pouvons changer bien des choses au quotidien, parfois sans forcément nous en rendre compte. Généralement, nous changeons lorsque nous nous apercevons qu’une habitude, un comportement, un point de vue, nécessite des améliorations ou une évolution.

En d’autres termes, l’habitude initiale nous semble finalement délétère (pour notre bien être, pour nos relations, pour notre efficacité, etc.) et nous jugeons opportun de la modifier.

Cela nécessite une triple dose de courage :

1. Identifier que certains éléments inhérents à nous-même nous font du mal (ce n’est jamais très agréable),

2. L’accepter (c’est encore moins agréable),

3. Oser se confronter à l’incertitude et à l’inconnu du changement (ce qui, oui, peut faire peur).

Bien que la notion de changement puisse paraître simple, elle fait en réalité appel à de nombreux concepts étudiés depuis longtemps en psychologie :

1. Celui de l’acceptation de sa vulnérabilité (en tant qu’être humain imparfait et faillible),

2. Du besoin de contrôle et de certitude (ainsi que du perfectionnisme qui leur est indéniablement lié),

3. De la motivation,

4. De la prise de risque (d’échouer, de ne pas tenir, voire de réussir).

Les étapes du changement :

Etes-vous prêt(e) à changer ?

En tant qu’être humain, nous fonctionnons tous de la même façon quant au changement. Le changement se déroule sous forme de cycle en 6 étapes (Prochaska et DiClemente, 1992). Il est important de bien se situer dans ce processus de changement car les outils à mettre en place sont différents selon le stade.

Etape 1 : « il n’y a pas de problème… ou il n’y a pas de solution ».

Nous appelons cette étape la pré-contemplation. A ce stade, la possibilité de changer est moindre. Il est en effet difficile d’envisager un changement si le comportement-

problème n’est pas identifié (ou perçu comme un problème) ou si nous ne voyons pas de solution.

Etape 2 : « je me questionne… ».

Il s’agit de l’étape de contemplation. Lors de cette phase, nous nous questionnons. Finalement, le comportement-problème amène des avantages… mais aussi des inconvénients. D’ailleurs, le changement de celui-ci amène lui aussi ses avantages… et ses inconvénients. À cette étape, nous sommes ambivalents. Changer, ce serait bien. Mais ne pas changer aussi. L’image de la balance est souvent utilisée : quels sont les coûts et bénéfices de la situation actuelle ainsi que du changement ?

Etape 3 : « je décide. ».

Lorsque nous avons bien pesé les coûts et bénéfices du comportement-problème et du changement, et constaté que, dans la balance, le changement nous sera finalement plus favorable que le non-changement, nous entrons dans la phase dite de décision. Ça y est, nous avons décidé de changer. Bien ! Mais nous pouvons décider longtemps avant de changer. Bien des fumeurs, par exemple, ont décidé depuis des mois (voire des années) d’arrêter leur consommation… tout en continuant à fumer.

Etape 4 : « j’agis ! ».

Un déclic, une motivation extérieure (ou intérieure !) et le plan d’action est établi. Il s’agit de la phase d’action. L’établissement du plan d’action se fait par étapes, à un rythme adéquat, en prenant en compte les freins et blocages éventuels tout en considérant les motivations à changer. Un plan d’action se fait de manière individuelle, personnelle, car, finalement, nous fonctionnons tous différemment, avec nos besoins et nos valeurs propres. Ce qui donne des résultats pour un individu ne donne pas nécessairement les mêmes pour un autre. Optez donc pour les outils qui vous semblent les plus pertinents pour vous.

Etape 5 : « je consolide. »

Lorsque le plan d’action est mené et réalisé, il s’agit ensuite d’entrer dans la phase de consolidation. A ce stade, chacun d’entre nous identifie les éléments lui permettant de maintenir ce changement sur le moyen et long terme. 

Etape 6 : « je rechute… »

C’est un fait, c’est indéniable, c’est prouvé, même si ça ne fait pas plaisir, mais tout processus de changement peut se solder par une phase dite de rechute. Elle n’est pas obligatoire… mais elle est naturelle. Cette phase de rechute renvoie à un retour à un stade antérieur (étape 1, 2, 3, 4) ou à un retour du comportement-problème ciblé.

Identifier son stade :

Se situer sur ce cycle de changement est indispensable afin de bien comprendre les enjeux inhérents à l’instauration de nouvelles habitudes. En ciblant votre comportement-problème, à quel stade seriez-vous ?

Lorsque nous avons identifié notre stade de changement, il est alors possible d’utiliser les outils adéquats pour envisager de passer au stade suivant. Néanmoins, ne brûler pas les étapes, ne sautez pas de stades. Positionnez-vous clairement et objectivement, sans vous mentir car les effets se feront sentir.

Après tout, initier un changement en établissant un plan d’action (étape 4) alors que vous estimez ne pas pouvoir changer (étape 1) rend difficile l’atteinte de votre objectif. La motivation se perd en effet rapidement.

De même, se croire au stade de décision (étape 3) tout en étant dans l’ambivalence et le questionnement (étape 2) ne garantit pas un franc succès dans votre changement et adoption d’une nouvelle habitude. Vous le percevrez comme un échec et… que ferez-vous de cet échec ?

Votre comportement-problème cible n’est pas un problème ? Vous ne percevez pas de solution à un éventuel changement ? Vous êtes à l’étape 1.

Vous vous questionnez sur votre comportement-problème ? Il a des avantages, des inconvénients ? En même temps, changer serait tout autant intéressant pour d’autres avantages… Mais certains inconvénients vous bloquent ? Vous êtes à l’étape 2.

Vous avez pris la décision (franche et non négociable) de changer (sans toutefois pour l’instant initier un changement) ? Vous êtes à l’étape 3.

Vous avez un plan d’action en tête ? Précis, par étapes successives, mesurable, accessible ? Vous êtes à l’étape 4.

Ciblez de manière juste votre stade de changement.

Ce que vous pouvez retenir :

– Changer signifie amener de nouvelles habitudes (mentales ou comportementales). Certains changements se font naturellement, d’autres nécessitent davantage d’efforts. La bonne nouvelle, c’est qu’il est toujours possible de changer, et vous l’avez certainement constaté dans le passé.

– Nous passons tous par les mêmes étapes du changement, peu importe la problématique. C’est plutôt une bonne nouvelle, cela signifie que, comme tout le monde, vous passez par différents stades dans l’adoption de votre nouvelle habitude.

– Le changement est toutefois individuel et personnel. Avant le moindre changement, positionnez-vous sur les stades du cycle. A partir de ce positionnement, vous vous permettrez d’utiliser les outils adéquats pour vous lancer.

– Acceptez que changer de jambe en mettant son pantalon amène son lot d’adaptation et de difficultés. En restant régulier.ère, un nouvel automatisme peut s’instaurer. Et ce pour votre plus grand bien.


Kevin Chassangre – Psychologue – psychothérapeute – Docteur en psychopathologies
le jeudi 7 janv. 2021